02 mai 2007
Ensemble c'est tout - Livre
Ensemble, c'est tout d'Anna Gavalda
Encore ! Encore ! Ce
livre est un véritable enchantement. Une histoire à la Amélie Poulain,
avec beaucoup d’humanité et de sensibilité.
L’histoire est celle de quatre
personnages craquants, à croquer, aux caractères truculents (mais
succulents !)… Ils sont en souffrance, seuls, bref n’ont pas une vie très
rose. Petite galerie de portraits : Philibert, un aristo pur jus incompris
par ses parents, bégaye quand il est au contact d’autres êtres humains. Il
héberge Franck, un cuisinier un peu brutal, un peu rustre qui ne s’intéresse
qu’aux filles, à la moto et à sa grand-mère Paulette qui l’a élevé. Elle, elle
ne veut pas vieillir et quitter son jardin pour une maison de retraite alors
elle cache ses bleus... A ces trois canards boiteux vient s’ajouter Camille,
jeune femme talentueuse détruite par l’amour et les aléas de la vie. Au fond du
gouffre, elle vit de ménages, crève de froid dans une chambre de bonne et ne
veut plus aimer.
Leur rencontre improbable va
bouleverser la vie de chacun et pendant quelques temps ils ne formeront plus
qu’un pour compenser les manques de leurs vies. Le 4e de couverture
dit très bien les choses : « Leur histoire, c’est la théorie des
dominos, mais à l’envers. Au lieu de se faire tomber, ils s’aident à se
relever ».
C’est beau, c’est simple, comme une
histoire d’hommes. On a du mal à la lâcher tellement elle fait du bien. Et non
ce n’est pas niaiseux ! Tout juste une petite histoire d’amour improbable
pour faire monter la mayonnaise…
Et vous voilà avec une histoire à dévorer, 500 pages à lire d’un bout à l’autre ou en douceur pour savourer le plaisir. Plusieurs jours après, j’ai encore des petits frissons partout rien qu’en relisant quelques pages, c’est vous dire !
Je n’ai toujours pas vu le film. J’ai tellement peur d’être déçue par l’adaptation que je crois que je vais m’abstenir, en tout cas pour l’instant. Si vous l’avez lu et/ou vu, n’hésitez pas à me dire votre avis !
25 avril 2007
Que la lumière soit! - Cinéma
Sunshine
Résumé : Le soleil
est en train de mourir. Pour sauver la Terre d’un refroidissement mortel, une
équipe de scientifiques-cosmonautes est envoyée vers le soleil pour le
ressusciter grâce à l’explosion d’une bombe. Alors qu’ils perdent toute
possibilité de communiquer avec la Terre, leur voyage prend un nouveau
tournant. Ils devront lutter pour poursuivre l’expédition et ne pas sombrer
dans la folie.
Mon avis :
Sunshine n’est pas un film d’action comme Armageddon.
Pas de héros particulièrement charismatiques ni de scènes d’action tonitruantes.
Il y a bien un mystère à résoudre, un obstacle à surmonter mais pas
suffisamment sensationnels pour faire de ce film un blockbuster
hollywoodien.
Ce n’est pas pour cela
que le film en est meilleur pour autant. Longueurs, incohérences se succèdent
pour fatiguer le spectateur. Parfois le scénario semble s’orienter dans une
impasse juste afin de créer une situation conflictuelle. Bref, pas de quoi nous
séduire. Pourtant…
Oui,
il y a bien un pourtant. Peut-être suis-je trop bon public, je ne sais pas,
mais en sortant du film, même si je m’étais un peu ennuyée, je savais déjà que
ce film me marquerait pendant plusieurs jours. Malgré ses faiblesses, il reste
envoûtant. La tension qui règne tout au long du film a quelque chose
d’incompréhensible et de contagieux. Peut-être est-ce la puissance et le
mystère du soleil qui nous effraient ? Au fur et à mesure que l’histoire
se déroule, les personnages développent une fascination pour le soleil, sa
lumière, sa puissance… Les symboles, les mythes qui entourent cet astre
semblent reprendre vie dans les esprits des cosmonautes. Le soleil semble
cacher un mystère, une vérité ultime qui les appelle à lui. Cette attirance
mêlée de peur, à la base du film, reste pour moi l’intérêt et la réussite du
film. Danny Boyle a réussi à rendre palpable cette atmosphère malsaine.
La
facilité de certains à perdre la vie pour le bien de l’humanité m’a également
marquée. Différente des films d’action habituels, cette abnégation se faisait
sans tambours ni trompettes pour célébrer le héros. C’est plutôt l’évidence du
sacrifice qui est choquant. Pas de peine, pas de difficulté. Une acceptation
totale pour permettre aux autres de terminer la mission. Et s’oublier dans le
soleil, comme une délivrance. C’est fou à dire, mais je les enviais presque.
Comme s’ils vivaient une expérience au-delà de tout ce qui est connu.
Voilà. Un film marquant même s’il ne sera pas le film de l’année 2007. Il n’a pas changé mon regard vers le ciel. Je ne me tourne toujours pas vers le soleil avec crainte et fascination !
04 avril 2007
Polars? Vous avez dit polars ? - Livres
Dernièrement j’ai bouquiné du polar et encore du polar et toujours du polar… En trois lectures j’ai pu constater que ce genre littéraire peut réserver quelques surprises, bonnes ou mauvaises…
Je commencerais par le meilleur
des trois : La femme en vert de Arnaldur Indridason (Islandais)
Résumé : deux histoires se
croisent dans ce roman. D’un côté une enquête sur des ossements vieux de 60 ans
retrouvés dans un chantier. Enquête menée par un policier fatigué, confronté à
des problèmes familiaux, mais consciencieux et intuitif, prêt à aller
au bout de son enquête. De l’autre côté, l’histoire d’une famille en butte à
un mari et père violent et cruel. Leur peur, leur combat. Où cela nous
emmène-t-il?
Mon avis :
Le style vient du nord, ça se
sent. Un petit air de Mankell (auteur suédois), des noms de lieux ou de
personnes imprononçables pour le commun des Français, un héros flic depuis trop
longtemps, cassé par son métier et qui hésite de moins en moins à se barrer.
C’est un style que je trouve parfois un peu lent chez Mankell mais chez cet
auteur j’ai trouvé le récit très agréable. Je ne dirais quand même pas que
c’était dynamique car l’enquête traîne en longueur. Surtout pour le lecteur qui
a toutes (ou presque) les cartes en main pour comprendre à qui sont les
ossements. Le but du livre n’est finalement
pas de connaître le coupable mais de se perdre dans les souvenirs et dans les
secrets de famille. Le mystère est ailleurs que dans la présence de ces os… Et le plaisir de la lecture vient davantage des histoires personnelles des personnages...
En bref à ne pas lire si on
cherche le grand frisson et la confrontation avec un serial killer sociopathe. Mais à lire si on aime les
belles histoires mêlées à un peu de suspense.
C’est parti pour le 2e
Petite remarque : c’est de ce
livre que vient ma citation sur le matin (05 mars)…
Résumé : euh alors là c’est
la tuile parce que c’était pas très clair… Allez Mag concentre-toi ! Bon.
Ça doit parler d’un père chômeur mais jardinier, qui se réveille avec une
trique d’enfer et qui doit ramener un flingue à son fils. Pas de rapport entre
l’un et l’autre des faits. Bon jusque là tout va bien mais c’est normal, c’est
après que ça se complique. Durant son trajet pour rejoindre son fils, il croise
une manif étudiante (contre le CNE pour vous situer), 3 blacks costauds qui
veulent lui confier un message pour un certain Freddy qu’il ne connaît pas, une
jeune femme amoureuse de Freddy, un bébé mort… Bref un vrai bordel cette
histoire ! Une sombre histoire d’enlèvement d’enfants je crois. Ce qui
compte c’est qu’à la fin (je vous assure que je ne gâche pas votre lecture en
vous le disant !) tout semble rentrer dans l’ordre (enfin, ce qui peut le
plus s’apparenter à de l’ordre dans cette histoire) ! Ouf ! J’ai cru
basculer mais j’ai tenu bon…
Mon avis :
Ça fait peut-être pas envie comme
ça et c’est clair qu’il ne faut pas lire cette histoire pour l’intrigue
policière mais bel et bien pour le style de l’auteur. Oh lala mes amis !
je vous assure que ça vaut le détour ! C’est un vrai bordel là aussi,
exubérant au possible mais assez marrant et au final super bien écrit selon
moi.
Rien de plus parlant qu’un petit
exemple :
« Je m’étais endormi à plates
coutures le corps sans queue ni tête et la tête sens dessus dessous dans une
chambre à gaz de petits soucis quotidiens, mais grâce à l’ingérence
pharmaceutique d’un ravitaillement sanitaire camouflé dans la salle de bains,
quelque chose en moi était bougrement monté en puissance, et ma rampe de
lancement était prête à me propulser sur orbite. Je ne raconte pas du boniment.
Je n’étais pas dans le lupanar habituel d’un sommeil paradoxal luxurieux ;
le paradoxe paranormal c’était ce stalagmite exponentiel surgi de mon désert de
Zobi… »
A tester rien que pour se délecter
de quelques pages de ce fabuleux verbiage ! Pour ceux, tentés, qui
auraient encore quelques appréhensions, rassurez vous le livre ne fait même pas
100 pages !
Et en avant pour le 3e ! N’oublie pas de Lalie Walker (Français)
Résumé : encore un
entrelacs d’histoires diverses sur fond d’ambiance de fin du monde. Parmi elles
celle d’une flic confrontée à un tueur de flics, un manipulateur extrêmement
violent et cruel. Et celles d’un aveugle transformé en preux chevalier d’une
demoiselle en détresse, les efforts de paumés pour s’en sortir dans un climat
ultra-violent, l’amour d’un fleuriste pour ses plantes…
Mon avis :
Le début est assez intéressant, original même si le
climat est totalement sordide. La violence urbaine, les viols dans les caves,
les décapités, les laissés pour compte se multiplient dans le brouillard
parisien. Un brouillard hors norme, si épais qu’il efface tout repère et rend
les gens méfiants, agressifs. Bref une ambiance glauque, sulfureuse, limite
apocalyptique. Très noir, très brutal. A ne pas lire si on n’a pas le moral.
Là encore l’enquête policière
n’est pas prépondérante dans l’histoire. Et heureusement car elle est assez
déplorable ! Jusqu’à la page 250 peut-être, on se pose encore des
questions, on frémit d’impatience, on guette quelques informations car les
autres intrigues ont un peu occulté le serial killer. Mais après, quelle
déception ! Le meurtrier est démasqué en quelques lignes ! Et le plus
navrant ? Il n’y a pas de fin. Le meurtrier court toujours, la flic lui
court après. Et voilà ! Je peux vous dire que quand j’ai fini, j’étais en
rage ! Je déteste ce genre d’escroquerie ! Au final je me suis tapée
un bouquin 100% angoissant pour 0% de frissons policiers ! Quelle
réussite ! Pour enfoncer le clou : même les autres histoires ne
valaient pas le coup de se glacer les sangs !
Voilà la remise des coupes est terminée. Comme vous voyez, sous le genre polar se cachent finalement beaucoup d’autres types de récits. A démasquer avec joie ou déception…
21 mars 2007
Dissident, il va sans dire - Théâtre
De Michel Vinaver
Mise en scène de Laurent Hatat
Avec Catherine Baugué et Denis Eyriey
Au Théâtre de la Commune à Aubervilliers
jusqu’au 1er avril
Métro : ligne 7 dir.
Courneuve. Arrêt Pantin Quatre chemins + 5 mn de marche
Le Théâtre met à la disposition
des spectateurs une navette pour les ramener au métro à la fin du spectacle.
Michel Vinaver a écrit cette pièce
il y a 30 ans mais l’histoire, tout à fait actuelle, relate très poétiquement
« l’impact de notre société sur un foyer ordinaire ». « La
discrète trace du temps passé fait résonner le peu d’avancée sur les problèmes
de la réalité qui trament le récit : le travail, l’argent, le
délaissement. » (Laurent Hatat et Laurent Caillon)
Sur scène deux personnes, une mère
et son fils de 17 ans. Ils vivent ensemble comme de nombreuses familles
actuelles, c’est-à-dire monoparentales. Le père est parti. Le couple qu’il a
laissé est à la fois déchiré et profondément uni. Les phrases courtes,
elliptiques de Michel Vinaver s’entrecroisent pour restituer leurs
conversations, discussions sourdes de ceux qui cohabitent depuis longtemps.
Leurs non-dits, la banalité de leur mots nous laissent entrevoir leur intimité
mais aussi leurs luttes.
La mise en scène met en valeur ces
douze rencontres, douze joutes où se confrontent leurs angoisses, leurs
attentes, leur lassitude. La scène est en quelque sorte un ring : ils
entrent chacun par un côté, se regardent avant chaque nouveau round. Lui
incarne le mal-être de l’adolescent en révolte contre les parents, la société,
les règles… Il laisse filer sa vie selon sa mère, désespérée de le voir se
gâcher ainsi. Lui veut vivre le roman qu’il a dans la tête, ne pas se contenter
de l’écrire. Il est indifférent à la réalité. Elle n’aspire qu’à le voir
prendre en main sa vie.
Extrait :
Hélène.
Sérieusement Philippe on peut manquer de tout mais si on s’est fixé un but
Philippe. J’ai un
but mais il est inaccessible
Hélène. Je
voudrais
Philippe. Comme ça
je suis sûr de toujours l’avoir
Hélène. Et de
n’arriver à rien ?
Philippe. Moi je
voudrais deux choses que tu ne sois plus seule maman
Hélène. Avec toi
je ne suis pas seule
Philippe. Que tu te
trouves un chouette mec et que tu me laisses
Hélène.
Quoi ?
Philippe. Tu sais
bien
Hélène. Je te pèse ?
Philippe. Ce n’est
pas ça
Hélène. Il y a
longtemps que je n’essaie plus de t’influencer
Philippe. Que tu me
laisses être
Hélène. Si
seulement tu te donnais un peu de peine le travail ne court pas les rues raison
de plus ça m’est pénible de te voir qui ne cherches que du bout des doigts au
lieu de prendre ça à bras le corps à ta place
Philippe. Tu n’es
pas à ma place
Cependant le ring est aussi le
lieu de leurs retrouvailles, de leur proximité. Malgré leurs différences, leurs
mensonges, on sent beaucoup d’amour et de complicité entre ces deux êtres qui
ne s’inquiètent que pour l’autre. Ensemble, ils tentent de survivre aux
difficultés de la vie, au chômage qui menace la mère, à la révolte du fils.
Les deux comédiens sont justes,
touchants sans en rajouter. Mais ils ne sont pas seuls : leurs souvenirs
d’un passé familial heureux les accompagnent sur le plateau grâce à la vidéo.
Très simple, sa présence est loin de « polluer » le spectacle. Elle
nous offre plutôt un havre de paix où l’on voit la mère, le père et le fils
quand il était bébé ou petit garçon, quand tout était encore espoir. Projeté
sur le décor, les images s’insèrent dans l’appartement comme des fantômes du passé.
Un très beau travail.
Bref, un très beau spectacle, proche de nous. Mais que l’on peut aller voir sans craindre d’être confronté à la tristesse et à la grisaille. Car malgré tout « reste heureusement, aujourd’hui comme avant, l’amour ». (Laurent Hatat et Laurent Caillon)
Vidéo et revue de presse sur le site du Théâtre de la Commune + un tarif intéressant pour les internautes !!
20 mars 2007
La vie des autres - Cinéma
Une belle mais sordide
histoire sur fond de réalité historique. A voir !
Très loin du documentaire, le film nous montre l'Histoire d'une période noire de l'Allemagne (que l'on connait peu en France selon moi) à travers l'histoire d'un poète et de son ange-gardien, un capitaine de la Stasi chargé de le surveiller.
Pour vous situer l’action, voilà le pitch : 1984 en RDA. Le ministère de Sécurité de l’Etat, la Stasi, règne en maître sur la population. Sa devise : « Tout savoir ». Ses employés font régner un climat de crainte, de méfiance, de délation. Gerd Wiesler est un employé modèle du ministère, fervent disciple de la doctrine communiste. Il maîtrise les techniques d’écoute, de surveillance et d’interrogatoire et n’hésite pas à les mettre en œuvre pour le bien du Parti. Après avoir émis quelques réserves sur la loyauté d’un auteur de théâtre, on lui confie sa surveillance. Il met alors en place toute une batterie de micros et de caméras pour ne rien rater de la vie de Georg Dreyman et de sa compagne, une brillante comédienne, afin de découvrir si réellement cet intellectuel est trop orgueilleux pour être honnête. Commence alors une surveillance implacable qui va mener le capitaine de la Stasi bien plus loin qu’il ne l’imaginait.
Au fur et à mesure de sa surveillance, Gerd Wiesler va prendre de plus en plus d’intérêt à écouter la vie de ce couple, intérêt qui dépasse de beaucoup sa mission. Tout en douceur, il va aller de désillusions en découvertes. D’abord comprendre que les dirigeants du Parti sont finalement plus intéressés par le pouvoir et leur propre intérêt que par celui du pays. Puis viendra sa rencontre avec l’Art. Le moment où le capitaine de la Stasi entend le poète jouer un air de piano, la «Sonate de l’homme bon» est particulièrement déterminant. La pureté de la musique semble provoquer en lui des émotions nouvelles. La découverte d’une pensée libérée de toutes servitudes, de toutes doctrines, et créatrice semble prendre le pas sur ses anciens idéaux. Ainsi, il perd progressivement ses repères et ses croyances jusqu’à finalement se perdre lui-même pour sauver un homme qui ignore son existence mais qui a réveillé sa conscience.
Ulrich Mühe qui joue le capitaine de la Stasi est
particulièrement brillant dans son interprétation. Il est froid, appliqué à
l’extrême, robotisé. Même à la fin du film, quand il a totalement basculé, il
reste très distant et méthodique comme si la part d’humanité qu’il avait
retrouvée ne pouvait se montrer au grand jour. On ne sait jamais vraiment ce
qu’il pense car finalement lui-même l’ignore. Pour lui, c’est une descente dans
l’inconnu.
A la fin, je me demandais à quel moment tout avait
basculé, mais en fait il n’y a pas de moment précis. Il vit cette surveillance
au jour le jour, toujours en proie au doute, avec l’incessante envie de
« donner » le poète. Je me dis que finalement c’est ça la vie :
on ne devient pas du jour au lendemain bon ou mauvais, de même qu’on n’arrête
pas un seul jour de changer. En fait on évolue doucement sans s’en rendre
compte, parfois même malgré soi.
C’est en cela que, selon moi, la réalisation
est extrêmement juste. Dans le film, tout est mêlé : les bons
sentiments côtoient la cruauté et la trahison car personne n’est à l’abri
de sa propre faiblesse. Florian Henckel Von Donnersmarck, le réalisateur,
réussit à transmettre cette situation dramatique inspirée de la réalité sans
basculer dans les bons sentiments ou le tragique. Il réussit à faire d’un homme
solitaire et froid un petit héros mais sans l’absoudre de tout. Wiesler
est en effet un héros qu’on ne peut pas glorifier. Un héros qui ne prévoit jamais de
faire le bien et qui une fois qu’il a commis son sauvetage rentre chez lui sans
se montrer. Un héros que l’on a du mal à pardonner pour son passé même s’il a
souffert lui aussi. En cela le film reflète justement les difficultés des temps
de guerre et de dictature, où il est si compliqué de séparer le bien du mal.
L’histoire
est d’autant plus poignante quand on sait qu’elle s’appuit énormément sur le contexte historique. Le réalisateur s’est en effet inspiré d’anecdotes, de souvenirs, d’objets de l’époque. De nombreux membres de
l’équipe, notamment les comédiens, ont eux-mêmes été victimes de surveillance
et d’emprisonnement avant la chute du mur de Berlin. Aux dires du réalisateur,
le film aurait été comme une thérapie pour beaucoup d’entre eux. Je vous
encourage à lire son interview sur le site officiel du film, c’est assez
éloquent. Et ça fait froid dans le dos.
09 mars 2007
Faites de votre salon, un musée…
Voilà longtemps que j’y pensais mais ça y est c’est
fait ! J’ai transformé mon salon en musée, je contemple à loisir des
œuvres d’art originales dans mon canapé !
Mais comment, me direz-vous !? Tout simplement en me
rendant dans une artothèque ! Une arto…, quoi ?! Une artothèque comme une bibliothèque, c’est-à-dire un endroit où l’on
peut emprunter des œuvres d’art comme on emprunte des livres en bibliothèque.
Selon les artothèques, le fond peut être composé de tableaux, esquisses,
photographies, objets… Ne vous attendez pas en tout cas à trouver des œuvres
antérieures aux années 50 car les artothèques se consacrent à l’art
contemporain uniquement. Pas d’impressionnistes en rayon, désolée ! Les
œuvres sont représentatives des différents mouvements artistiques qui ont
marqués ces 50 dernières années.
La première expérience est assez magique, je dois le
dire. Je n’avais jamais eu de vrais tableaux ou de photographies grand format
encadrées. Quelque part, je prends encore un coup de vieux ! On est loin
des posters de films dans les toilettes !
Au début, quand je les ai vu (j’ai 2 photographies pour
deux mois) sur mon petit mur (orange !!! je loue, pas le choix !), au
milieu de tous mes meubles récupérés au gré de ma vie étudiante (ça va du vieux
buffet 1930 en bois à un meuble TV à roulettes, vous imaginez…) et qui se
bousculent un peu dans mon salon, je me suis dit que c’était peut-être pas une
bonne idée, que j’aurais dû attendre d’avoir un logement plus grand avant de
prendre un abonnement d’un an… Mais non, une fois que c’est accroché, qu’on a
trouvé l’endroit qui convient, les œuvres prennent tout doucement leurs droits
sur l’espace et se l’approprient. Au même titre d’ailleurs que nous,
spectateurs, nous nous les approprions.
Ah, ça va être dur de les rendre dans 2
mois ! Et en même temps, quelle chance de pouvoir disposer d’une œuvre
pendant 60 jours ! Car bon, au-delà de se dire « Waou ! J’ai des
œuvres d’artistes contemporains dans mon salon… Ca en jette !!! », le
plaisir est surtout dans cette proximité avec l’art. C’est l’art non-stop, l’art
à disposition, l’art en format original. C’est la liberté de prendre son temps,
plus que dans un musée où on n’a pas le temps justement de se poser, de
contempler. Avec les formules d’abonnement que proposent les artothèques, on
change régulièrement d’œuvres et on peut découvrir différents artistes avec
cette même intimité. C’est vrai, ça a un côté frustrant, mais quel plaisir de
pouvoir rêver tous les 2 mois devant des œuvres différentes !
D’ailleurs les artothèques ont été créées pour cela,
« restituer dans le quotidien de chacun, le temps du regard et de la
contemplation, indispensables à l’existence de l’art » (artothèque de
Caen). Le principe a été créé en Allemagne et est arrivé en France dans les
années 60. Il existe maintenant une petite cinquantaine de ces lieux dans le
pays. Si l’expérience vous tente, allez sur le site du Centre National des Arts
Plastiques pour savoir si votre ville en a un (tapez artothèque dans les
mots clés, sous la bannière, et vous aurez la liste complète).
Pour vous donner une idée des prix, celle de Caen que je
fréquente fait des abonnements pour particuliers à 58€ pour un an, ce qui vous
donne le droit à 12 œuvres, 2 tous les 2 mois. Sinon vous pouvez emprunter
ponctuellement, pour un coût de 8,50€ par œuvre pour 2 mois. Il existe
également des abonnements pour les collectivités ou les scolaires.
Encore une petite précision : mieux vaut prévoir des
cimaises pour accrocher vos emprunts, cela vous évitera de faire 36 trous dans
vos murs ! Et puis ça donnera encore davantage un air de musée à votre
intérieur !
27 février 2007
Blood Diamond - Cinéma
A ne pas voir un soir de
cafard ! Ok il y a de la belle gueule à regarder (Léonardo Di Caprio,
Djimon Hounsou, Jennifer Connelly) mais ce n’est pas l’attrait principal du
film. Et ce n’est décidément pas non plus un film d’action au sens stricte du
terme.
Blood Diamond parle du
trafic de diamants en Sierra Leone (en Afrique pour les non-géographes) au
cours de la guerre civile qui déchira le pays dans les années 1990. A travers
l’histoire d’un pêcheur, on découvre comment le trafic diamants contre armes a
fauché des milliers de personnes.
Léonardo Di Caprio incarne un
contrebandier qui échange des armes contre les précieuses pierres pour les
revendre ensuite à de riches marchands anglais. Marchands qui stockent lesdites
pierres afin de contrôler le marché de ce produit soi-disant de luxe. Marchands
qui entretiennent donc une guerre terriblement meurtrière en contrôlant l’offre
et la demande du produit. Un jour Léo croise la route de Salomon un pêcheur qui
a été enlevé à sa famille par les rebelles. Envoyé dans les mines de diamants
pour y travailler, il trouve un diamant rose d’une taille somme toute assez
intéressante pour avoir les rebelles et les contrebandiers sur le dos.
L’action se résume ensuite à une
course poursuite pour retrouver ce diamant et la famille de Salomon mais le
film dépasse ce simple scénario pour montrer l’état du pays pendant cette
guerre et les ravages que provoque le trafic sur les populations africaines. Je
me suis un peu renseignée et visiblement 3, 7 millions de personnes sont
mortes en Sierra Leone, Angola, Congo et Liberia dans des conflits soutenus
par le commerce de diamants.
Depuis 2000 des efforts ont été
faits pour enrayer ce phénomène. Les accords de Kimberley ont notamment été
signés en 2003. Ils stipulent que les pays exportateurs doivent « émettre
un certificat pour accompagner tout diamant brut exporté de son territoire,
attestant la légitimité de chaque diamant. Chaque pays doit donc être en mesure
de suivre la trace des diamants […] Tous les pays importateurs acceptent de ne
permettre à aucun diamant brut d’entrer sur leur territoire sans un
certificat » (site de Partenariat Afrique Canada). Evidemment tous les
problèmes ne sont pas résolus mais c’est un pas important pour l’Afrique.
Cette boucherie est clairement
visible dans le film. Les scènes de violence n’arrêtent pas : enlèvements,
mutilations, fusillades, exécutions… Sans parler des enfants soldats. On voit
progressivement des enfants perdrent leur identité et leur innocence. Ils sont
drogués, encensés, manipulés, endoctrinés. Ils deviennent des monstres, des
chasseurs alors qu’ils étaient gibier. Tout bonnement atroce.
J’ignore encore comment on peut
être aussi cruel vis à vis d’autres êtres humains, qui plus est d’humains du
même peuple que soi. En fait j’ai eu une boule dans la gorge pendant tout le
film et mes larmes ont coulé plusieurs fois. Je sais que c’est un film mais je
ne me fais aucune illusion sur le réalisme et la véracité de certaines scènes…
Les africains sont à la fois victimes et bourreaux, tous plongés jusqu’au cou
dans ce brasier (quand je dis « africains », je ne dis pas
« noir » ! Ne simplifions pas ! Dans l’histoire, Di Caprio
est aussi un africain, né au Mozambique ; lui aussi a souffert et ait
devenu un enfant soldat).
Le portrait du continent est
désastreux et l’espoir semble absent. Ne restent que le fatalisme ou la
dérision pour les peuples en souffrance. J’ai particulièrement apprécié la
réplique d’un villageois qui s’exclame : « Pourvu qu’ils ne trouvent
pas de pétrole ! C’est là que les vrais ennuis commenceraient ! » Puissant, non ?
La tension comme la violence est
présente tout au long du film. En partie à cause des combats, en partie à cause
du fait qu’on ne sait jamais à qui faire confiance. Tout le monde s’utilise.
Personne n’est au clair avec soi-même. C’est une véritable guerre des nerfs. Di
Caprio par exemple n’est pas vraiment un boy-scout. Il est violent, dangereux,
prêt à tout pour récupérer le diamant et on ne sait jamais si on peut s’y fier.
En même temps il garde un côté
humain et sensible. Evidemment, me direz-vous ! On est quand
même dans une super-production hollywoodienne ! Le héros n’est jamais
totalement méchant ! Peut-être… C’est vrai que même si le film est très
bon selon moi, il reste un « blockbuster humanitaire » comme je l’ai
vu dans un article de Libé. C’est vrai qu’il y a quelques scènes larmoyantes et
romanesques en trop. C’est vrai qu’il y a des stars. C’est vrai que les noirs
ont encore cette image docile ou cruelles alors que le héros blanc est
finalement un chic type qui sauve tout le monde (bon allez, vous vous en
doutiez !). D’ailleurs Djimon Hounsou, l’acteur qui joue le pêcheur, a été
nominé pour le Second Rôle aux Awards alors qu’il est aussi important que
Léonardo…
En même temps, le film aurait-il
ameuté autant de spectateurs autrement qu’avec des superstars ? Est-ce que
ces spectateurs auraient appris l’existence du trafic de diamants
autrement ?
Le film n’est pas parfait mais je
le rappelle c’est un film de fiction et non un documentaire. Il présente un
aperçu assez global de la situation, avec différents points de vue. Il n’aborde
pas tous les problèmes et a quelques inexactitudes ? J’ai bien envie de
dire « Et alors ? ». Moi j’ai été émue, j’ai appris des choses,
c’est déjà pas mal.
Pour en savoir plus :
Bande-annonce et extraits :
allociné
Site du film : blooddiamondmovie.warnerbros.com
Site partenaire : http://www.blooddiamondaction.org/
Site créé suite au film par le
Partenariat Canada Afrique pour répondre aux questions : http://diamantdesang.pacweb.org/
22 février 2007
Snow Cake - Cinéma
Mardi je suis allée voir Snow
Cake au ciné, et j’ai beaucoup aimé.
Et me voilà maintenant à vouloir
faire une critique du film… Exercice pas facile pour ce film qui est tout en
sensibilité et en subjectivité.
Commençons donc par l’histoire : Alex (Alan
Rickman), un homme assez solitaire, roule vers Winnipeg au Canada, rencontre
une jeune fille en route et la prend en stop. En roulant ils apprennent à se
connaître, rient et on s’attache bien vite à ces deux-là quand BAM !
accident et la jeune fille meurt. Pas facile pour Alex évidemment, surtout
qu’il a déjà une histoire personnelle chargée comme on l’apprendra au cours du
film. Alors il part à la rencontre de la mère de son auto-stoppeuse pour
s’excuser (même si d’ailleurs l’accident n’est pas de sa faute). Il découvre
Linda (Sigourney Weaver), une femme d’une quarantaine d’année qui apprend la
mort de sa fille comme on apprendrait qu’il n’y a plus de beurre au frigo et
qui s’amuse follement en mangeant de la neige… Bizarre, vous avez dit bizarre ?
Non, juste autiste. Une autiste qui a ses manies et ses angoisses comme sa peur
de la saleté qui lui interdit de toucher aux ordures. Alors ne pourrait-il pas
rester jusqu’à mardi pour sortir les poubelles ? Et voilà qu’Alex se
retrouve à vivre avec Linda pour quelques jours …
Reprenons : une rencontre née du hasard, scénario assez classique en somme. Une histoire de deuil, de culpabilité, d’amour, d’humour aussi. Des acteurs sublimes. C’est un bon départ.
Pour aller plus loin je dirais que
le film traite de sujets assez tragiques comme le deuil et l’autisme mais ne
vire jamais au pathos. Même si on observe un malade, on apprend vite que Linda
a une sacrée personnalité. Elle a une sensibilité, une spontanéité, une soif de
vivre qui n’est pas régie par des règles sociales et morales, elle vit comme
elle l’entend et donne une bonne leçon de lacher-prise aux autres.
Et ne vous y trompez-pas, le but
principal du film n’est certainement pas de faire un deuxième Rain Man.
L’autisme est davantage un prétexte pour parler de culpabilité, de tolérance et
de pardon. La venue d’Alex et sa cohabitation forcée de quelques jours avec
Linda va permettre à chacun de se confronter à ses démons et d’avoir la
possibilité d’absoudre ou d’être absout.
Pour conclure, je dirais que Snow
Cake est un film étonnamment simple, une petite histoire sans grande
envergure mais qui touche à l’humain d’une manière si désarmante et si
touchante qu’elle reste en mémoire comme un beau couché de soleil.
Enfin bref, allez le voir et on en
reparlera après parce que non, décidément, il n’est pas facile de parler de ce
film ! (En témoignent mes pupilles
dilatées d’être restées 2h au moins devant l’écran pendant que je cherchais
comment dire, comment expliquer…)
07 février 2007
"Mais qu'allait-il faire dans cette galère ?" - cinéma
Vos poils se hérissent quand vous entendez « Drelin ! Drelin ! » ? Vous transpirez à grosses gouttes et faites une réaction allergique à ce souvenir traumatisant de vos années collège ? Pas de panique, respirez calmement. Vous pouvez aller en toute sérénité voir le film Molière, il vous évitera à l’avenir de faire des crises d’angoisse à la mention du nom de ce grand auteur classique. Oh ! Ce n’est pas un chef d’œuvre ou un hommage vibrant au maître (quoique…), mais c’est une très bonne comédie qui reprend quelques-unes de ses meilleures répliques (comme celle du titre de ce message par exemple…).
Et pour cause, puisque le film se propose de raconter une période où Molière, alors en début de carrière, disparut pendant plusieurs mois. Période où, selon les scénaristes, il fut « engagé » par un notable pour lui enseigner les ficelles du métier de comédien et qui nourrit toutes ses créations futures. En effet il croise à ce moment M. Jourdain, Tartuffe, Dorante, de jeunes amants incompris, une sage maîtresse de maison… Ne manque selon moi que la servante maligne (celle du film est tout le contraire ; son accent paysan vaut le détour) ! Et c’est avant tout au cours de ces quelques mois qu’il vivra une aventure amoureuse qui changera le cours de sa vie car la femme aimée lui ouvrira les yeux sur ses talents et la manière dont il doit les employer...
Et Romain Duris dans tout ça ? Comme les autres comédiens il est tout à fait à sa place et ses beaux yeux maquillés se font très bien passés pour ceux de l’auteur. Son talent n’est pas non plus masqué par celui de Luchini qui interprète M. Jourdain, ridicule à souhait mais avec une pointe de dignité sur la fin… Tous les autres comédiens sont aussi bons interprètes de leur personnage et participent à la réussite du film. Au début on est un peu dérouté il est vrai car le film tente de ressembler à du théâtre et les acteurs semblent sur-jouer pour tenir la comparaison. Mais peu à peu l’impression s’efface et ils nous emmènent dans leur univers « molièresque ». Au final, le film dépoussière totalement l’œuvre classique et donne un visage humain à cette figure de la littérature française.
En conclusion, un grand moment de comédie avec un arrière-goût (mais un bon) de culture classique. De quoi se dire que, quand même, on garde de bons souvenirs de nos études secondaires !
02 février 2007
Little People - street art
Vous croyez que le monde des Liliputiens n'existe que dans le livre Gulliver ?Et bien il est de mon devoir de vous détromper!
En effet, un artiste anglais surnommé Slinkashu envahit les rues de la capitale britannique avec de petits personnages qu'il fabrique lui-même. Ces personnages font moins d'un centimètre et sortent tout droit de notre monde. Ils sont dealer, ramasseur d'ordures, randonneurs... ; ils retirent de l'argent à un distributeur automatique, achetent une voiture...
Il met sur son blog les photos qu'il prend de ses figurines avant de
les abandonner dans la rue, soumises ensuite aux heurts des passants.
Une petite photo pour l'exemple (la deuxième est un grand format de l'endroit où il est. Où est charlie?) :
Le but de tout cela ? Encourager les gens qui marchent dans la rue à regarder ce qui les entoure. Pour l'artiste, les adultes ont perdu leur capacité à regarder, à observer comme quand ils étaient enfants.
Personnellement je trouve son travail fascinant et très révélateur de notre état d'esprit d'être "civilisé" et stressé... Alors gardons les yeux bien ouverts et surtout soyons curieux!
Si vous voulez en savoir plus, regardez la rediffusion de l'émission Tracks diffusée sur Arte jeudi 7 février à 1h30, il y a un petit reportage sur lui.
Ou allez sur son blog :


